12/2010 173 p. 978-2-8251-4176-2
Ce voyage de tous les vertiges qui débute par un regard perdu dans un reflet rouge sur l’eau noire et se poursuit en compagnie des étoiles jusqu’au sommet du ciel, c’est une Expérience de mort imminente ou approchée, Near Death Experience en anglais.
Le voyageur, un projectionniste qui rêve de tourner son propre film, raconte comment il est mort à son insu, son grand départ se traduisant seulement par une série de dérèglements incompréhensibles de sa réalité familière. Comme si, trouant son quotidien, des passages secrets s’ouvraient brusquement devant lui. Par ces brèches vertigineuses, il pénètre dans une mégalopole bizarrement fusionnée avec sa région natale, la Suisse romande, si paisible en surface ; dans un dédale où toutes les limites sont abolies, même celles qui le contenaient ; dans un enchevêtrement de labyrinthes où surnagent des lambeaux des mondes engloutis, de l’Empire assyrien à l’Union soviétique, sans oublier son propre passé.
Dans ce tourbillonnement, à quoi le narrateur pourra-t-il se raccrocher ? A ses intuitions profondes aussi puissantes qu’impalpables ; à son amour naissant pour Eléonore ; à son espoir tenace de retrouver son père mort ; à l’étrange sourire d’une petite chienne ? Obtiendra-t-il un sursis, le droit de revenir dans notre monde, dans l’au-deçà ?
L’au-deçà où nos existences tout entières s’apparentent à des Expériences de mort imminente, puisqu’elles se déroulent sous l’inquiétant soleil qui ne se couche jamais : notre certitude de devoir mourir un jour – et que ce jour n’attendra pas toujours, qu’il finira par devenir aujourd’hui. L’au-deçà où, paradoxalement, miraculeusement, les plus vivants sont ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont déjà morts une fois. L’au-deçà au cœur duquel, comme l’a écrit Boris Pasternak, « l’art médite sans cesse sur la mort et sans cesse crée la vie ».
Je lis votre texte comme une prodigieuse et poétique envolée dans un monde de « dérèglement de tous les sens ». Peu m’importe l’explication scientifique, NDE ou autre, qui, hors du texte, justifie ce basculement. Je tiens à ce que vos lecteurs s’émerveillent prioritairement de l’aventure rêvée.
Extrait d’une lettre de Ginette Moussa à F. H.
François Hussy est né à Genève en 1956. Il vit à la Vallée de Joux et dans sa ville natale où il est éducateur dans une école pour enfants handicapés. Il est l’auteur du roman Les îles naufragées, pour lequel il a reçu le Prix des Ecrivains genevois, ainsi que de Cri de lumière. Dans un reflet rouge sur l’eau noire, premier volume du Voyage de tous les vertiges, est son cinquième roman.
http://www.francisrichard.net/article-dans-un-reflet-rouge-sur-l-eau-noire-de-fran-ois-hussy-106102878.html